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Tomi !

26 juin 2020

Avec malice, tendresse, intelligence et beaucoup d’humour, Tomi Ungerer répond à 100 questions d’enfants et c’est une délicieuse régalade !

{ Petits extraits }

*Serait-il possible que je ne fasse que rêver ma vie ? / Ada, 6 ans

Pourquoi pas ! Dans ce cas, le rêve serait la réalité, et l’on s’endormirait en se réveillant !
Rêver est une façon gratuite de voyager. C’est donner libre cours à son imagination, en flottant au-dessus de la réalité. Petit, j’étais un élève très distrait, rêveur. Il suffisait que je regarde passer les nuages, encadrés par les fenêtres de ma classe, pour me laisser emmener, blotti sur ces grandes couettes trimballées par le vent. Alors je jouissais d’une vue exceptionnelle sur la Terre, où mon école n’était plus qu’une chiure de mouche parmi bien d’autres. Soudain je me retrouvais à mon pupitre avec une réprimande assénée par mon professeur. Mais attention ! Un jour, je suis resté sur mon nuage, et la classe ne m’a plus jamais revu.

*Est-ce que je peux être le pus fort, même si je suis le plus petit ? / Lucas, 4 ans

Mais que oui ! Il suffit d’être malin, rusé, d’avoir le sens de la répartie. Tourner la situation en rigolade. Le rire neutralise l’ennemi. La langue est une arme fourchue. Ou bluffer dans l’ésotérique : «Si je te jette un mauvais sort, tu sauras d’où vient ton prochain accident…»
Plus on est petit, plus le défi est grand. Et donc plus on développe sa force de caractère.
Évidemment, il y a l’entraînement à la boxe, les gourdins et les lances-pierres. Mais la violence engendre la violence. Alors, à quoi bon…

*L’infini est à l’intérieur de quoi ? / Tomas, 8 ans

L’infini est un espace qui n’en finit pas, sans limite et sans frontière. C’est un espace libre !
Lorsque nous le concevons dans notre esprit, il devient un lieu d’évasion et de refuge pour notre imagination.
Imaginez un prisonnier dans un sombre cachot. Sa conception de l’infini le transpose dans un état de liberté intérieure que nulle réalité ne peut polluer.
Donc, ma réponse est : l’infini est en nous. Il donne un espace vital pour nos pensées et les rêves qu’elles engendrent. L’infini est même capable d’absorber le vide et le néant!

*C’est quoi, le temps ?/ Samuel, 4 ans

Le temps est sans origine. Il entre dans la composition de l’éternité. Il était déjà là avant la création du monde. Il échappe au contrôle des divinités. La chorégraphie des planètes lui a donné son premier rythme. L’homme, dans son besoin de structuration, l’a compartimenté, subdivisé, des années-lumière aux nanosecondes. (…)
Le secondes envient les heures, les semaines sont jalouses des années, et les siècles regrettent le passé. Ainsi le temps s’est-il vu affublé de calculs, de dimensions d’évaluation éphémères qui le laissent complètement indifférent.
Pour nous, le temps devient un espace entre deux évènements lorsqu’il s’agit du passé.
Celui-ci est séparé du futur par une fine membrane qu’on appelle le présent. Nous vivons une succession de moments qui s’agglomèrent en chronologie.
La tyrannie de la précision se manifeste par l’imposition des dates, des agendas, de leurs horaires et des calendriers. On lui doit l’impatience, le stress, les réveille-matin… et l’extrême-onction. Nous sommes donc embrigadés sous un régime de ponctualité, alors que le temps est nécessaire au retard.
I y a quand même des moyens de rester librement intemporel. Pour ma par, je refuse d’avoir l’âge de mes années. Les durées sont relatives, les bons moments s’écoulent plus vite que les mauvais. S’il me faut cinq minutes pour finir une cigarette et que le village se trouve à vingt minutes d’ici, celui-ci se trouve à quatre mégots de moi. Une façon de narguer les contraintes horaires.
Je préfère prendre mon temps et le garder, plutôt que le tuer par manque d’occupations. Entre la naissance et la mort, nous avons le temps d’une vie, donc d’une succession de moments élastiques, mesurés par nos humeurs enthousiasmes et déceptions, pour finir dans le repos d’un temps mort.

{Ni oui ni non / Réponses à 100 questions philosophiques d’enfants, Tomi Ungerer, L’école des loisirs & le génial Hors-série ZUT! dédié à Tomi Ungerer}

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Conversation avec Kitty Crowther…

1 avril 2020

Quel bonheur de pouvoir encore susciter émerveillement, curiosité et émotions lorsque je lis des histoires à Maï & Anouk !

Je pense que ce moment privilégié de partage, où je peux m’allonger entre elles, et où, à tour de rôle nous choisissons l’histoire, mon Anouk, à ma gauche, blottie contre moi, lovée bien souvent dans le creux de mon bras, ma Maïou à ma droite, est un moment que je chéris {et que je chérirai toujours dans mon cœur de maman} ! Je nous revois bien sûr, il y a quelques années, Luce, moi et Mila… et puis Julian mon frère, mon papa et moi… transmission précieuse !

Nous nous délectons toutes les trois autant des dernières pépites des éditions des Fourmis rouges, de la délicatesse et l’espièglerie des albums de Anne Montel & Loïc Clément (Le temps des mitaines, ChaussetteLes jours sucrés…), récemment le fabuleux Les vermeilles de Camille Jourdy, drôle et onirique à souhait… les classiques, auxquels nous revenons toujours, comme les si tendres petites histoires de Arnold Lobel {Rhaaa! Ranelot et Buffolet, Hulul et La soupe à la souris !!!}, Tomi Ungerer, je ne compte plus les fois où j’ai lu {et je lirai encore} Le Géant de Zéralda… l’univers irresistibilicieux de Claude Ponti… les bandes-dessinées de mon papou (inépuisable collection !)… tant et tant d’autres… tout ceux que nous n’avons pas encore lu et que je me régale d’avance de découvrir !

Puis il y a ceux qu’on pourrait lire et relire sans jamais s’en lasser, ceux qui resteront toujours près du lit, à portée de main… les livres de Kitty Crowther sont de ceux-là ! « Petites histoires de nuit » et « alors ? » au dessus de la pile !

Et il y a longtemps que je voulais vous parler de « Conversation avec Kitty Crowther », j’ai passé un délicieux et passionnant moment de lecture, savouré chacune de ses pages et certaines m’ont bouleversée. Depuis j’y reviens régulièrement et beaucoup de passages trouvent écho en moi, avec tendresse et intensité.
Je partage tellement sa vision de l’enfance. L’importance d’écouter son cœur et son imaginaire, de se sentir libre de suivre ses envies, de s’émerveiller sans préjugé ni à-priori… de savoir se détacher de notre esprit cartésien et laisser l’émotion nous envahir, sans toujours chercher à contrôler les choses…

Merci à Véronique Antoine-Andersen pour ses questions riches et pertinentes, les échanges sont passionnants et Kitty Crowther se confie avec énormément de sincérité et de générosité.

Quelques extraits…

* « On lit, on voit, on écoute toujours à travers sa propre histoire. (…) Le lecteur lit en fonction de ce qu’il est , il fait son chemin et ce chemin là est très précieux. Je crois à la magie et au pouvoir des histoires. Pour cela, il faut des histoires ouvertes, en suspension, avec une partie réservée à l’inexplicable au palpable. Quand j’invente une histoire, je ne me dis pas que je vais leur apprendre ou leur dire quelque chose. Je propose au lecteur une histoire libre. J’aspire à ce que le lecteur comprenne sans pouvoir le « mentaliser ». À lui de rentrer ou non dedans, et d’aller chercher ce dont il a besoin. Je souhaite que le lecteur s’engage aussi, particulièrement quand les contenus d’un livre ne sont pas immédiatement évidents ou saisissables. Cette part incompréhensible ou qui échappe quelque fois à l’entendement est indispensable parce que le mystère et l’inconnu occupent une grande place dans nos existences et qu’il est utile de s’y habituer le plus tôt possible. J’aime la littérature résistante qui donne à réfléchir et qui n’a pas froid aux yeux. J’aime ouvrir des portes, des fenêtres et emmener mon lecteur vers d’autres mondes. »

* « J’aime bien entraîner mon esprit dans des univers où il n’est pas accoutumé. Ce n’est pas grave si je ne comprends pas tout, l’essentiel est de confronter son esprit à l’inconnu, à quelque chose qu’il ne reconnaît pas. Cela nous oblige à réfléchir autrement. Je dis toujours que je crois aux mondes invisibles. Les contes, les mythes, les légendes existent depuis la nuit des temps. On a toujours admis la présence de l’invisible pour expliquer le visible. Le réalisme magique a des liens de parenté avec les surréalisme et le symbolisme. »

* « Habituez-vous à ne pas tout contrôler dans votre tête. La réalité est incontrôlable. La couleur n’existe pas en soi, c’est une onde vibratoire perçue par notre œil et interprète par notre cerveau. De même pour le son. J’invite les lecteurs à arrêter de contrôler leur petit royaume (…) »

* « Le silence, l’ennui et le non faire sont indispensables pour laisser advenir les choses. Croyez que tout est possible. Écrivez et dessinez chaque jour. Si vous êtes dans l’impossibilité de le faire, alors dessinez avec vos yeux, écoutez et écrivez avec vos oreilles. Aimez vos personnages, vos couleurs, vos crayons, votre enfant intérieur, la nature et vous-même. (…) »

* « Quand j’étais petite, j’ai été profondément touchée et émue par des histoires qui m’ont réconciliée avec la vie. Des histoires qui me secouaient intérieurement comme celles d’Arnold Lobel, Toni Ungerer, Quentin Blake ou Maurice Sendak. Quand je lisais ces livres, j’oubliais ce que j’étais en train de vivre parce que j’étais à cent pour cent transportée dans ce qu’ils me donnaient à voir, et au retour, je réalisais que je n’avais jamais été aussi proche de moi. C’est exactement cela que je fais ou essaye de faire. Faire oublier au lecteur tout ce qu’on lui a inculqué à propos de ses comportements ou ses manières d’être et juste lui proposer un endroit où il peut aller à sa guise à la rencontre de lui-même puis revenir. Être au plus proche de son être, même si ce que je propose n’est pas forcément ce qu’il connaît ou ce qu’il sait. (…) »

* « Les contes n’ont rien de rationnel et pourtant, ce sont des histoires qui sont les plus proches de la vie. Quand je lisais un conte à mon fils de quatre ans, il ne me regardait pas, il voyait… Le livre est un espace où tu croises des personnages qui t’accompagneront toute la vie. C’est très précieux. L’enfant s’invente ses propres mondes. C’est tellement triste quand un adulte s’empresse de lui dire qu’ils n’existent pas. L’imaginaire fait partie de notre être (…) »Prenez soin de vous ! La suite de notre road-trip américain, très bientôt, prochain stop, La Nouvelle-Orléans !