illustration, livres

Conversation avec Kitty Crowther…

1 avril 2020

Quel bonheur de pouvoir encore susciter émerveillement, curiosité et émotions lorsque je lis des histoires à Maï & Anouk !

Je pense que ce moment privilégié de partage, où je peux m’allonger entre elles, et où, à tour de rôle nous choisissons l’histoire, mon Anouk, à ma gauche, blottie contre moi, lovée bien souvent dans le creux de mon bras, ma Maïou à ma droite, est un moment que je chéris {et que je chérirai toujours dans mon cœur de maman} ! Je nous revois bien sûr, il y a quelques années, Luce, moi et Mila… et puis Julian mon frère, mon papa et moi… transmission précieuse !

Nous nous délectons toutes les trois autant des dernières pépites des éditions des Fourmis rouges, de la délicatesse et l’espièglerie des albums de Anne Montel & Loïc Clément (Le temps des mitaines, ChaussetteLes jours sucrés…), récemment le fabuleux Les vermeilles de Camille Jourdy, drôle et onirique à souhait… les classiques, auxquels nous revenons toujours, comme les si tendres petites histoires de Arnold Lobel {Rhaaa! Ranelot et Buffolet, Hulul et La soupe à la souris !!!}, Tomi Ungerer, je ne compte plus les fois où j’ai lu {et je lirai encore} Le Géant de Zéralda… l’univers irresistibilicieux de Claude Ponti… les bandes-dessinées de mon papou (inépuisable collection !)… tant et tant d’autres… tout ceux que nous n’avons pas encore lu et que je me régale d’avance de découvrir !

Puis il y a ceux qu’on pourrait lire et relire sans jamais s’en lasser, ceux qui resteront toujours près du lit, à portée de main… les livres de Kitty Crowther sont de ceux-là ! « Petites histoires de nuit » et « alors ? » au dessus de la pile !

Et il y a longtemps que je voulais vous parler de « Conversation avec Kitty Crowther », j’ai passé un délicieux et passionnant moment de lecture, savouré chacune de ses pages et certaines m’ont bouleversée. Depuis j’y reviens régulièrement et beaucoup de passages trouvent écho en moi, avec tendresse et intensité.
Je partage tellement sa vision de l’enfance. L’importance d’écouter son cœur et son imaginaire, de se sentir libre de suivre ses envies, de s’émerveiller sans préjugé ni à-priori… de savoir se détacher de notre esprit cartésien et laisser l’émotion nous envahir, sans toujours chercher à contrôler les choses…

Merci à Véronique Antoine-Andersen pour ses questions riches et pertinentes, les échanges sont passionnants et Kitty Crowther se confie avec énormément de sincérité et de générosité.

Quelques extraits…

* « On lit, on voit, on écoute toujours à travers sa propre histoire. (…) Le lecteur lit en fonction de ce qu’il est , il fait son chemin et ce chemin là est très précieux. Je crois à la magie et au pouvoir des histoires. Pour cela, il faut des histoires ouvertes, en suspension, avec une partie réservée à l’inexplicable au palpable. Quand j’invente une histoire, je ne me dis pas que je vais leur apprendre ou leur dire quelque chose. Je propose au lecteur une histoire libre. J’aspire à ce que le lecteur comprenne sans pouvoir le « mentaliser ». À lui de rentrer ou non dedans, et d’aller chercher ce dont il a besoin. Je souhaite que le lecteur s’engage aussi, particulièrement quand les contenus d’un livre ne sont pas immédiatement évidents ou saisissables. Cette part incompréhensible ou qui échappe quelque fois à l’entendement est indispensable parce que le mystère et l’inconnu occupent une grande place dans nos existences et qu’il est utile de s’y habituer le plus tôt possible. J’aime la littérature résistante qui donne à réfléchir et qui n’a pas froid aux yeux. J’aime ouvrir des portes, des fenêtres et emmener mon lecteur vers d’autres mondes. »

* « J’aime bien entraîner mon esprit dans des univers où il n’est pas accoutumé. Ce n’est pas grave si je ne comprends pas tout, l’essentiel est de confronter son esprit à l’inconnu, à quelque chose qu’il ne reconnaît pas. Cela nous oblige à réfléchir autrement. Je dis toujours que je crois aux mondes invisibles. Les contes, les mythes, les légendes existent depuis la nuit des temps. On a toujours admis la présence de l’invisible pour expliquer le visible. Le réalisme magique a des liens de parenté avec les surréalisme et le symbolisme. »

* « Habituez-vous à ne pas tout contrôler dans votre tête. La réalité est incontrôlable. La couleur n’existe pas en soi, c’est une onde vibratoire perçue par notre œil et interprète par notre cerveau. De même pour le son. J’invite les lecteurs à arrêter de contrôler leur petit royaume (…) »

* « Le silence, l’ennui et le non faire sont indispensables pour laisser advenir les choses. Croyez que tout est possible. Écrivez et dessinez chaque jour. Si vous êtes dans l’impossibilité de le faire, alors dessinez avec vos yeux, écoutez et écrivez avec vos oreilles. Aimez vos personnages, vos couleurs, vos crayons, votre enfant intérieur, la nature et vous-même. (…) »

* « Quand j’étais petite, j’ai été profondément touchée et émue par des histoires qui m’ont réconciliée avec la vie. Des histoires qui me secouaient intérieurement comme celles d’Arnold Lobel, Toni Ungerer, Quentin Blake ou Maurice Sendak. Quand je lisais ces livres, j’oubliais ce que j’étais en train de vivre parce que j’étais à cent pour cent transportée dans ce qu’ils me donnaient à voir, et au retour, je réalisais que je n’avais jamais été aussi proche de moi. C’est exactement cela que je fais ou essaye de faire. Faire oublier au lecteur tout ce qu’on lui a inculqué à propos de ses comportements ou ses manières d’être et juste lui proposer un endroit où il peut aller à sa guise à la rencontre de lui-même puis revenir. Être au plus proche de son être, même si ce que je propose n’est pas forcément ce qu’il connaît ou ce qu’il sait. (…) »

* « Les contes n’ont rien de rationnel et pourtant, ce sont des histoires qui sont les plus proches de la vie. Quand je lisais un conte à mon fils de quatre ans, il ne me regardait pas, il voyait… Le livre est un espace où tu croises des personnages qui t’accompagneront toute la vie. C’est très précieux. L’enfant s’invente ses propres mondes. C’est tellement triste quand un adulte s’empresse de lui dire qu’ils n’existent pas. L’imaginaire fait partie de notre être (…) »Prenez soin de vous ! La suite de notre road-trip américain, très bientôt, prochain stop, La Nouvelle-Orléans !

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1 Comment

  • Reply couac 2 avril 2020 at 21 h 48 min

    Bonsoir Else,
    j’ai feuilleté ce livre à Montreuil et je l’ai reposé, tu me donnes envie de le reprendre en main 😉
    J’aime aussi beaucoup Kitty Crowther…
    A bientôt !

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